Retour au bercail

On ferme la bien trop froide maison climatisée.
On sort les valises sur le trop chaud perron.
Il est 5 h am.

L'impatience grandit et les enfants trépignent.
Nous aussi, mais les adultes se contiennent faisant preuve de maturité.
A l'intérieur pourtant ça bout aussi.
Mon cœur palpite, mes yeux clignotent nerveusement.
Le tarmac brûlant nous fait signe.
Il est temps, grand temps de retrouver son pays, sa patrie.

Derniers films en anglais dans un avion bondé de gens dans le même état que nous.
On part en congés, chez soi pourtant.
La situation parait irréelle.

– Maaaaman ça y est on arriiiiiiiive !

Descente de l'avion. Il fait si bon.
On a envie de sourire à tout le monde.
De taper une brève de comptoir avec le gentil douanier qui nous fait l'honneur de parler notre langue.

-" C'est  bizarre maman que tout le monde parle français !
– good morning sir, nice to meet you !
-Georges, cesse veux-tu, nous sommes en France ! "

La voiture rugit, 130 k/h autorisé. Georges est heureux, il peut à nouveau pester en voiture, juste pour le plaisir.
Georges peut griller des feux rouges, même pas peur ! Pas de caméras ha ! Ha !

-" Georgeounet ? Tu serais bien urbain d'éviter à ta progéniture et moi-même de trépasser dès notre arrivée dans notre beau pays, il suffit Georges !!!!
– Papa on a peur ! "

Georges ravale sa fierté et se métamorphose en sage conducteur.
Comme c'est vert ! Comme c'est beau !
Vaste splendeur environnante, le paradis est là !

-" youpi il pleut ! "

La maison apparaît et les enfants se précipitent dans leurs armoires pour enfiler prestement et juste pour le plaisir leurs manteaux d'hiver. Il fait 28 degrés pourtant.
Pieds nus dans l'herbe humide, l'apothéose n'est pas loin.
Et c'est euphorique que tous ensemble nous nous ébrouons dans la splendeur de notre réconfortante et odorante garrigue.

Et  le temps file, on embrasse, on se serre, on étouffe presque tellement les retrouvailles sont fortes.
La famille et les amis sont toujours là, présents, nous enveloppant de tendresse, de folie, de bavardages décousus. Tant de choses à se dire et pourtant pas tant que ça finalement.
Merci fidèle internet car on sait déjà l'essentiel de nos vies finalement.

Des bébés sont nés, les enfants grandissent et jouent à " faire la taille " pour évaluer ce qu'une année a eu comme impact sur leurs silhouettes en pleine croissance.
Les adultes eux ne changent plus ou si peu.

Et puis le mois d'aout se dessine déjà. Le temps file en version accélérée.
On refait les valises et Georges maugrée.

-" pfffffff ! On est obligé d'aller dans le grand nord ? "
-Georges je te rappelle que Paris et la Bretagne ne sont pas précisément dans le nord, et puis tu pourrais éventuellement faire preuve de considération envers ta belle famille.
Tâche d'être aimable mon Georges ! "

Tour opérator  de la capitale. Paris la fière, la magnifique.
Location de voiture, Georges fulmine à la pompe à essence, le charme de la découverte est rompu.
Georges patiente, il attend que la pompiste abreuve sa voiture.

-" Quelqu'un daignerait-il me servir ? somebody's talking my language ?
Georges, nous sommes en France, et " libre service " signifie précisément que tu dois te servir toi-même. "

Georges introduit la pompe dans le réservoir assoiffé.
Georges jette négligemment sa carte de crédit sur le comptoir de la station.

-" C'est bien parce que c'est vous ma ptite dame, car permettez moi de vous dire que 95 euros pour un plein d'essence n'est  en aucun cas ce que l'on pourrait appeler une bonne affaire ! "

La caissière livide remet sa carte et son ticket à un  George fortement agacé.

La Bretagne défile sous nos yeux émus, et le rideau de pluie nous accueille.
Et à nouveau les généreux baisers familiaux nous enveloppent de chaleur.

-" Alors belle maman ça boome ? Fait pas chaud chez vous ! "

Georges le cynique est dans la place prêt à tout.

L'océan ondule et les silhouettes en cirés jaunes se penchent au dessus des rochers, piochant au hasard, quelques savoureux coquillages iodés ou  guettant l'apparition d'un crabe malchanceux.

–    " Des araignées qu'ils appellent ça ! encerclez les belle- maman !
–     Georges laisse maman bronzer, il y a un rayon ! "

Georges ricane, et le rayon disparaît derrière une couverture cotonneuse de nuages.
La fin d'une saison approche et la pluie larmoyante nous pousse à nouveau vers notre sud caniculaire.

Il est temps, grand temps de regagner notre pays d'accueil, les enfants ont la tête farcie de beaux souvenirs, de chatouilles en famille,  de chuchotements entre cousins à la nuit tombée, de lavandes, de crêpes au beurre salé.

On range la maison, en se disant  qu'une petite maid serait bien agréable pour nous aider dans nos tâches domestiques par 38 degrés sans climatiseur.
Pas besoin de sauna ni de hammam, que nenni, la vapeur du fer vous fait littéralement perdre 10 kilos en une journée. Vivement la fraîcheur de notre grande et agréable maison dubaiote !

Le plein de tendresse familiale touche à sa fin, les batteries sont rechargées à bloc.
Et l'envie unanime de se retrouver en vase clos nous conduit à l'aéroport.

Et à nouveau les enfants trépignent avec dans leurs valises leurs nouveaux agendas scolaires, ils expriment même leur joie de retourner à l'école !
Nous aussi de retrouver notre finalement très agréable quotidien dans cet émirat lointain.
Le tarmac ventilé par un mistral cinglant nous attend.
Dernier échange avec le très aimable douanier français, on n'a plus envie de taper la causette mais de monter dans l'avion.

-" Maaaaaaaman ça y est on arriiiiiiive !
-bonjour monsieur le douanier, mais quel est donc cet étrange uniforme dites moi ?
-Geoooooooooooorges  this is a djellaba and we are in Dubai …"

Georges s'illumine, contemplatif.
Face à nous, la plus haute tour du monde se pavane fièrement.
Dubaï nous salue à sa façon.
La boucle est bouclée, la vie continue,  et c'est conscient de notre privilège de grands voyageurs qu'en  choeur  nous nous écrions :


-" YALLLLLLLLAH !!!!!!!!!!!!!!!!!! "


biz les filles


Flo kafaitsonpleind'amour@france.com























 

Florence Gobin

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