Rafia Gubash: « les femmes de ce pays ont contribué au succès de Dubaï. Il était temps de le faire savoir haut et fort. »

alt RAFIA GUBASH a voulu rendre hommage à ces figures du passé en ouvrant, à Deira, le premier musée dédié aux femmes des Emirats Arabes Unis et de la région. Elle y a mis toute sa fortune, son cœur et ses compétences créant un véritable écrin pour répertorier celles qui ont opéré un vrai changement et contribué à l’histoire du pays. Relevant les défis liés à leur époque, laissant un véritable impact sur la société émirienne de part leur personnalité unique et polyvalente, devenant de véritables pionnières. « Leur sourire, leurs larmes, et leur départ, dont l’absence nous fait songer à l’empreinte qu’elles ont laissé en nous, » écrit celle qui a pour but de faire voyager les visiteurs sur les traces de ses ancêtres. Des photos en noir et blanc de la vie d’alors et des objets du passé, pas si lointain du temps où un moulin à poivre et un robinet étaient encore un luxe. Des femmes fortes et puissantes qui ont toujours œuvré dans l’ombre mais aussi dans la lumière comme Dr. Gubash aime à le rappeler. Car « les plus hautes tours du monde ne sont pas sorties du désert comme par magie : les femmes de ce pays ont contribué au succès de Dubaï. Il était temps de le faire savoir haut et fort. Pourquoi un tel musée ? J’ai toujours apprécié l’art, la culture et l’histoire.  Je suis tombée sur mon cahier intime de petite fille : je faisais le souhait d’avoir un jour un petit café jouxtant une bibliothèque… C’était un rêve d’enfant. Avant d’entrer à l’université, on me voyait plutôt dans l’écriture. Puis, d’autres choses m’ont préoccupée. Comment l’idée a-t-elle germé ? J’en ai eu l’idée pour la première fois en 75 mais je suis allée à l’université de Londres faire mon doctorat en psychiatrie. Sheikh Zayed avait des ambitions pour moi. Je suis devenue la première doyenne de l’école de médecine alors que 95% des universitaires étaient étrangers. J’étais la première femme à ce poste. C’était un grand saut ! Puis, j’ai été nommée Présidente de l’Université des pays du Golfe à Bahreïn. J’y ai exercé de 2001 à 2009. Comment êtes-vous revenue à votre rêve initial ? J’étais encore à Bahreïn lorsque j’ai demandé à l’un de mes cousins de m’aider à trouver une maison à vendre dans ce quartier de Dubaï (Deira NDRL). Je voulais attirer les gens dans cette ancienne partie de la ville: c’était le cœur de Dubaï. La maison de mes parents se trouvait ici au milieu du Souk de l’or ainsi que ma première école. Fatima bin Tazina, la femme qui m’a enseigné le Coran, vivait tout près. Nous avions école sous une tente. Lorsque je l’ai vue, je m’en suis tout de suite souvenue ! J’y venais enfant : cette maison s’appelait Beit Al Banat, « la maison des filles».  J’ai vendu ma propriété pour acheter cet endroit (environ 3 millions de dollars). Pourquoi est-il important de raconter l’histoire de ces femmes ? alt J’ai grandi en observant combien les femmes de mon entourage étaient fortes. On faisait référence au nom de ma mère, Osha Hussein Loootah, en parlant de moi plutôt qu’à celui de mon père. C’était le cas de tous mes voisins. Et si ma mère et ma grand-mère étaient fortes, pourquoi hommage ne leur était pas rendu? Les hommes étaient éduqués dans l’idée qu’ils étaient le centre de la communauté. Il ne s’agit pas d’une lutte contre la discrimination, juste reconnaître leur rôle comme figures historiques de notre pays. Et quand la génération de ma grand-mère disparaîtra, plus personne ne pourra témoigner de leur parcours. Ma mère est morte il y a 20 ans déjà. Ma tante a Alzheimer. La mémoire s’estompe. La plupart des femmes nées dans les années 40 ne se souviennent plus de ce qui s’est passé. Les E.A.U se sont modernisés de façon drastique en un rien de temps ce qui veut dire que la plupart des gens oublient l’histoire. Très peu ont mis des informations sur papier. « Cette terre de souffrance et de beauté, des dunes de sable majestueuses à ses eaux salées, a contribué à former leur caractère. » Comment les femmes se sont-elles fait entendre ? Les femmes de ma génération ont grandi dans un immense respect pour cette culture. Nous n’avons pas essayé d’entrer en conflit, de casser quoi que ce soit. Nous voulions surmonter certains des défis posés à nous dans la tolérance, la patience et le respect. Si ma mère ne croyait pas qu’il fallait m’envoyer à l’école, je ne me battais pas contre elle mais je lui parlais, j’essayais de la convaincre. Aujourd’hui les femmes sont en première page des journaux, elles occupent de bons postes. Votre mère était vraiment le chef de famille ? Mon père était pour moi comme un invité ou un ami de la maison. Il était très discret. Ma mère était très puissante. Une phrase d’elle dont je me souviens était la suivante : « Il faut apprendre que vos droits naissent avec vous. Ne croyez pas que le gouvernement, un homme ou votre mari vous les donneront. Ils sont en vous, exercez-les». Comment expliquez-vous la présence de femmes aussi fortes aux EAU ? J’ai vécu ici, à Al Ain, en Egypte, à Bahreïn et honnêtement je n’ai jamais rencontré des femmes aussi fortes qu’à Dubaï. Peut être parce que cela a toujours été un pays ouvert, parce que les hommes partaient travailler à l’étranger et les femmes étaient charge. Elles avaient l’occasion d’apprendre jeunes même s’il s’agissait de connaissances limitées et modestes. C’était suffisant pour les amener à réfléchir et ouvrir leur esprit. L’une des raisons est que les femmes à Dubaï ont travaillé et contribué à l’économie du pays. Même si c’était des tâches simples. C’est le fait d’être indépendantes. Durant la seconde guerre mondiale, les hommes partaient pêcher la perle durant six mois. Qui dirigeait la société ? Vous nous avez récemment vues sur le devant de la scène mais nous avons toujours été en coulisses. Quelle était la journée type d’une femme de la génération de votre grand-mère ? Elle cuisinait, préparait la maison pour l’arrivée de son mari et des invités qui débarquaient sans crier gare. Elle s’occupait des enfants. Seulement 5% de la communauté vivait dans de grandes demeures avec des esclaves. En général, les gens habitaient de petites maisons avec leur famille étendue : grand mères, tantes etc… « La vie de ces femmes, quelques unes inscrites dans nos mémoires et la plupart oubliées, a aidé à façonner l’histoire et la culture des E.A.U » Quels sont les défis auxquels sont confrontés les Emiriennes d’aujourd’hui ? Elles sont bien mieux loties aujourd’hui car elles peuvent aller à l’école, travailler et être indépendantes financièrement. C’est l’héritage de Sheikh Zayed. Les femmes subissent aussi une forte pression de la société moderne et occidentale. Elles veulent en faire partie. J’aimerais qu’elles apprécient plus notre culture. Nous devons en être fières. Le challenge de nos jours c’est malheureusement d’avoir assez d’argent pour acheter un sac Chanel ou Louis Vuitton et si possible dix exemplaires de chaque. Je déteste ça. J’ai le sentiment qu’elles deviennent des esclaves de la consommation. alt Visiter le musée de la Femme : de 10h à 19h, samedi à jeudi Admission: 20 Dhs par personne Tel: 04-2342342 Adresse : dans le vieux marché de l’or de Deira, près du fish market, à 550m de la station de métro Al Ras (ligne verte) En savoir plus sur Kyra Dupont Troubezkoy, écrivain: c’est ici

Kyra Dupont Troubezkoy

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