Un loup à ma table de Augusten Burroughs

« Le bonheur est vide, le malheur est plein »


 

Dans « Un loup à ma table », Augusten Burroughs nous projette dans son histoire, celle d’un petit garçon à la vie malmenée par un environnement familiale brutal où tout semble dysfonctionner.

Alors qu’il déploie avec opiniâtreté une bravoure magistrale pour séduire l’homme qu’il nomme involontairement « DEAD » pour « DAD » et qu’il réitère chaque jour la même tentative d’être aimé, son géniteur se joue ignoblement de son pouvoir suprême pour créer le mal être dans l’âme de son petit garçon.

Rongé par un psoriasis arthritique dont la douleur lancinante le harcèle inlassablement, il se venge de la vie en instaurant la cruauté qui va crescendo pour affleurer au rang d’une répugnante abomination et qui finit par transmettre à Augusten un sentiment de haine grandissant.

Balloté par les humeurs vacillantes de ses parents et n’ayant comme repère que la peur, la déception et l’impuissance, l’enfant se construit dans l’angoisse qui, telle une maladie pernicieuse, s’infiltre peu à peu dans son âme et cabriole dans un va et vient terrifiant. Le seul pilier qui apporte une forme de stabilité dans sa vie et l’empêche de chavirer est l’image d’un bonheur d’antan que laisse entrevoir de vieilles photographies du passé et les multiples récits que lui fait sa mère sur la vie alors pleine de promesses qu’ont menée ses parents à l’aube de leur union maritale.

Augusten Burroughs relate de manière inédite et déchirante la complexité du rapport à la figure paternelle et à quel point celle-ci peut détériorer à jamais la vie d’un être. Détériorer mais pas détruire car quand les actes n’ont pas d’emprise sur l’abjecte, il reste l’imagination et le pouvoir qu’elle confère. L’auteur est porté par cette imagination pour décrire son père, le fabriquer pour ensuite pouvoir mieux le détruire. L’écriture devient la catharsis qui va libérer l’enfant et l’homme qu’il est devenu. Sa confession est tout simplement bouleversante et crie l’espoir qui sous-tend l’intégralité de l’œuvre. L’espoir réside dans l’art, qui transcende la souffrance. L’écrivain, enfant martyre, dont l’âme est a jamais marqué par la méchanceté est sauvé par son art, « l’art pour ne point mourir de la vérité ».

 

Marie Chatelain

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