Ne tirez pas sur l’oiseau de Harper Lee

Harper Lee se joue avec hardiesse de l’insoumission de la littérature à toutes conformités et offre à son lecteur le subterfuge de réunir en un roman, 2 histoires, l’une faisant le lit au récit de l’autre.
Atticus Finch, avocat dans une petite ville de l’Alabama pendant la grande dépression, se voit confier la défense d’un «nègre »accusé d’avoir violé une« blanche », la pire abomination qui soit. Bien qu’innocent, l’homme de couleur a brisé le code rigide et ancien qui régit l’édit dans une époque stigmatisée par un racisme séculaire mais respecté. L’avocat n’a à ses côtés qu’un petit groupe d’individus qui ont ceci en commun qu’ils aspirent tous à un monde où la main invisible de l’égalité ferait force de loi.

 

Le cheminement d’Atticus pour atteindre le cœur de son jury est le parcours qu’un soldat effectue pour fuir les lignes ennemies. Il chemine laborieusement sur un terrain parsemé de préjugés et de la peur viscérale de voir mettre en application l’idée que tous les hommes naissent égaux. Homme intelligent, charitable, et dont la philanthropie n’a d’égal que ses qualités admirables de père, Atticus se bat bec et ongle pour faire entendre la voie de la raison, la simple vérité.

A ses côtés, ses deux plus fervents admirateurs, ses enfants, Jean-Louise alias Scout et Jeremy alias Jem suivent avec exaltation les débats dont l’issue aboutira à la libération ou à la condamnation à mort d’un homme.

Et c’est par le truchement de ces deux jeunes enfants qu’Harper Lee égrène un chapelet de coups de théâtre, intrigues, mésaventures, péripéties qui brossent aux pastels tendres le manifeste de l’enfance. Harper Lee nous entraine dans une sorte d’odyssée de l’âge tendre où deux petits êtres découvrent l’existence, ses mystères, ses incohérences, ses injustices, le mensonge, la bigoterie et le mal.

Cette histoire tient du conte, de la court story américaine. Harper Lee nous raconte avec une humanité touchante une histoire aux intonations tantôt abruptes, tantôt harmonieuses. Abruptes sont la vie, les êtres humains « qui n’arrivent pas à s’entendre », « la vie impossible que certaines personnes font mener à d’autres », la misère et l’ignorance qui pousse les êtres humains « à rejeter sur un autre la preuve de leur propre faute ». Charitable est « la poignée d’habitants de cette ville qui disent que les blancs ne sont pas les seuls à bien se conduire ; que chacun a droit à un procès équitable », « le remord » d’une petite fille « à l’idée d’avoir contribué à ce qui avait du être un pur et simple tourment pour Boo BRADLEY », les petits présents fait par un enfant à un autre « pièces à têtes d’indiens, chewing-gums, figurines de savons ».

« Ne tirez pas sur les oiseaux moqueurs » est un magnifique roman dans lequel Harper Lee semble nous assurer qu’au bout du compte, la générosité supplante la méchanceté, et la vaillance, la lâcheté. La lecture de cette tranche de vie est douce comme une fête, bonne pour le cœur, comme un cadeau.

A s’offrir sans hésitation…

Collection : Le Livre de Poche, ISBN-10: 2253115843, ISBN-13: 978-2253115847

Marie Chatelain

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