Barbara, le choix de la générosité

Certains « font » de l’humanitaire, pour Barbara, le terme est un peu faible.

Au travers de la fondation qu’elle a créée il y a 21 ans, elle « vit pour et avec » les enfants du Mozambique « dans la pauvreté matérielle mais dans la richesse humaine ».

La rédaction de Dubai madame à profité de son passage à Dubaï pour rencontrer cette femme étonnante. Une femme qui va jusqu’au bout de ses choix, parfois au péril de sa vie, mais toujours avec intelligence, recul, honnêteté et courage.

Elle fait plus qu’aider ces enfants, elle leur apprend à s’aider eux mêmes. C’est plus compliqué, plus long, plus difficile, moins gratifiant à court terme, mais tellement plus visionnaire, intelligent et humain finalement !

Comment, après des études brillantes et une carrière réussie dans la finance, une jeune femme suisse se retrouve-t-elle au Mozambique ?

Le hasard ou plutôt le destin ! (rires) Tout a commencé à cause de la crise financière de 1987 !

D’autres auraient attendu au chaud que la crise passe, Barbara elle, décide de profiter de l’occasion et d’appeler ce que d’autres qualifieraient de désastre, une opportunité :

A cette époque je me suis retrouvée « libre » et j’ai décidé de changer d’air. J’étais jeune (27 ans ndlr), et j’avais envie de vivre autre chose. Au départ j’étais attirée par le Brésil, mais le destin m’a envoyé au Mozambique et dès que j’ai posé le pied là-bas, je me suis sentie chez moi… c’est toujours le cas 21 ans plus tard !

Pourquoi et comment et avez-vous créé l’ASEM ?

En arrivant, j’ai travaillé pour une association humanitaire pendant quelques mois, mais je me suis vite rendue compte que je ne partageais pas leurs valeurs ni leur façon de faire. A mon avis ce n’est pas suffisant d’aider les enfants en les assistant, cela ne fait que repousser le problème. Je voulais trouver un chemin pour qu’ils apprennent aussi à s’aider eux-mêmes. Alors je me suis dit chacun a sa conscience, moi je vais suivre la mienne  et je me suis lancée. Même si c’est par moment plus difficile, surtout sur le plan économique, je ne regrette pas car ma démarche est beaucoup plus pérenne à mon avis. Ça, c’est le pourquoi, le comment, c’est plus compliqué !

Pourtant quand elle le raconte, tout cela paraît simple : Barbara vend tout ce qu’elle possède en Suisse et démarre son association avec ses économies en commençant « par le commencement ». En 1992, elle s’occupe des premières nécessités en donnant aux enfants des rues à boire et manger. « Même si ce n’est qu’une fois par jour, c’est mieux que rien ! »

Mais elle a toujours su qu’elle ne s’arrêterait pas là et elle a atteint des objectifs beaucoup plus ambitieux. Par exemple l’éducation, même basique, qu’elle va s’attacher à donner à ceux qui sont trop pauvres pour aller à l’école publique, c’est sa réponse à la prostitution infantile rampante dans ce pays et à sa triste cohorte (pédophilie, sida, corruption…).

« Je ne peux pas lutter contre les adultes qui profitent de cet état de fait, mais je peux nourrir et éduquer les enfants pour qu’ils n’aient plus besoin de se vendre pour survivre »

Vous avez été mariée et vous avez des enfants, comment est-ce compatible avec votre vie ?

Ça ne l’est pas ! (rires), en tout cas pour la vie de couple, aussi mon mari (musicien de jazz américain qui mène une carrière internationale, ndlr) et moi avons-nous, d’un commun accord après 12 ans, décidé de convertir notre mariage en amitié.

Par contre, nos enfants, que j’avais adopté avant de me marier, vont très bien et ma fille vient d’avoir une petite fille… je suis grand-mère !

Comment avez-vous adopté ces 2 enfants ?

Je vivais au milieu d’enfants sans parents, que j’aimais déjà comme les miens, un jour on m’a mis dans les bras un bébé de 5 mois, qui pesait 2.8 kg et qui n’avait plus que quelques heures à vivre. Sa mère était morte en accouchant, je l’ai nourri à la petite cuiller, car il n’avait pas la force d’avaler ses biberons et il n’est pas mort. C’est mon fils qui a maintenant 21 ans et vit au Mozambique après avoir fait ses études en Afrique du Sud. Ne pas avoir d’enfants biologiques est un choix qui m’a été dicté par la vie que je mène et ce que je vois autour de moi.

Ce qui frappe chez Barbara c’est la solidité de sa démarche, il y aurait de quoi se décourager devant l’ampleur de la tache, au lieu de cela elle avance pas à pas, sans laisser de coté aucune bonne idée, aucune opportunité, mais surtout en consolidant tout derrière elle et en déléguant à certains de ses anciens pensionnaires qui reviennent travailler avec elle après avoir fait des études.

Heureusement que vous avez toujours su impliquer les Mozambicains dans votre travail, car votre engagement a failli vous coûter la vie !

Oui, une forme sévère de paludisme me l’a prise, puis me l’a rendue… après un mois de coma et des années de rééducation pendant lesquelles c’est mon équipe qui a géré et développé la fondation. Je suis très fière de leur autonomie qui me permet d’avoir un peu plus de temps pour faire du fund-raising à travers le monde (Barbara parle bien sûr les 3 langues de son pays natal, mais aussi le portugais (langue officielle du Mozambique) et l’anglais et quelques autres… ça aide pour communiquer)

Sa vraie générosité est sa force, c’est qu’elle ne met pas son ego en jeu, elle veut léguer ses idées et ses succès à leurs bénéficiaires plutôt que d’en tirer une gloire éphémère. Un peu comme un chef d’entreprise (100 employés à ce jour et plus de 20 000 enfants aidés en 21 ans) qui a fait prospérer son petit atelier en une grande fabrique.

C’est une femme qui met toute son intelligence et sa sensibilité au service de son projet, Barbara c’est un mélange de calme et de force, d’intelligence du cœur et de l’esprit, mais surtout elle est d’une honnêteté redoutable, avec elle-même et avec les autres. Elle refuse les compromis sur les valeurs fondamentales (son association est totalement indépendante, apolitique et sans orientation religieuse) et par contre elle sait accepter des Mozambicains certaines de leurs croyances (dont elle s’attache à comprendre la logique ou l’utilité, même sans y adhérer). Elle est pragmatique et efficace mais jamais rigide ou intransigeante.

Comment voyez-vous votre avenir ?

J’aimerais avoir un pied à terre…

… En suisse ?!

(Rires) Non ! Au Mozambique ! Et pouvoir consacrer un peu plus de temps à mes passions artistiques (me remettre au saxophone, apprendre le piano sérieusement et peindre, tout en continuant à écrire des poèmes)… mais pour cela il faudrait que j’arrête de travailler 15 à 20 h par jour !

Il faudrait inventer une nouvelle terminologie pour qualifier l’entreprise de Barbara, elle ne fait pas de l’humanitaire, mais de l’Humanité, en rendant à ces enfants qui l’on perdu, ou pire jamais acquise, une dignité qui leur permettra non seulement d’avoir un avenir ; mais aussi, peut-être d’en offrir un à leurs propres enfants.

Infos pratiques :

L’ASEM (association à but non lucratif) a été crée pour aider les enfants du Mozambique dans leurs besoins primaires et aussi pour retrouver leur identité, acquérir une formation, se réhabiliter moralement et psychologiquement afin de se réinsérer dans la société dont ils ont été exclus.

Aujourd’hui l’ASEM, ce sont plusieurs centres d’accueil qui offrent aux enfants et aux adolescents une perspective de vie par l’éducation, la création d’activités microéconomiques dans un but d’autofinancement, mais aussi la culture et le sport qui contribuent également à une vie équilibrée.

De nombreuses formes de soutien financier sont possibles, il suffit de se rendre sur le site de l’association, et au moins quand on connait Barbara, on est sûr que l’argent ira directement dans les projets destinés aux enfants !

Juste un exemple, quand elle voyage à travers le monde pour chercher des fonds, Barbara ne va pas à l’hôtel aux frais de l’association, elle est toujours logée par des amis sur place comme c’est le cas ici à Dubai.

Adresse du site :

www.asemworld.org (en réhabilitation J)

www.asemitalia.org

barbara.asem@gmail.com

Véronique Talma

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